Un agent qui prend son poste doit savoir répondre à une question simple : de quelle catégorie est le système de sécurité incendie du site ? Cette réponse détermine ce qui se déclenche automatiquement, ce qui doit être commandé à la main, et ce qu’il faut vérifier chaque jour.
Pourtant, beaucoup d’agents travaillent des années devant un tableau sans savoir lire l’installation qu’ils exploitent. Voici la méthode.
Un SSI, c’est deux moitiés
Le système de sécurité incendie se compose toujours de deux ensembles, et confondre les deux est l’erreur de départ.
Le SDI, système de détection incendie. Il détecte et signale. Il comprend un ou plusieurs équipements de contrôle et de signalisation, les ECS, ainsi que les détecteurs automatiques d’incendie et les déclencheurs manuels.
Le SMSI, système de mise en sécurité incendie. Il agit. Il comprend selon les cas un centralisateur de mise en sécurité incendie, le CMSI, des dispositifs adaptateurs de commande, des dispositifs commandés terminaux, et l’équipement d’alarme destiné à l’évacuation.
Détecter d’un côté, mettre en sécurité de l’autre. C’est le niveau de sophistication de ces deux moitiés qui détermine la catégorie.
Les cinq catégories en un tableau
La norme NF S 61-931 classe les SSI en cinq catégories, de A à E, par ordre d’exigence décroissante.
| Catégorie | Détection | Organe de mise en sécurité | Alarme associée |
|---|---|---|---|
| A | SDI complet : détecteurs automatiques et déclencheurs manuels | CMSI de type A | Type 1, ou type IGH |
| B | Déclencheurs manuels seuls, pas de SDI | CMSI de type B | Type 2a |
| C | Déclencheurs manuels | Dispositifs de commandes avec signalisation (DCS) | Types inférieurs |
| D | Déclencheurs manuels | Dispositifs de commandes manuelles regroupées (DCMR) | Types inférieurs |
| E | Déclencheurs manuels | Éventuellement un dispositif de commande manuelle (DCM) | Types inférieurs |
La catégorie A : la configuration maximale
C’est le système le plus complet, et celui que vous rencontrerez sur tous les sites accueillant du public la nuit.
Il associe un SDI comprenant un ou plusieurs ECS, des détecteurs automatiques et des déclencheurs manuels, à un SMSI comprenant un ou plusieurs CMSI de type A, si nécessaire des dispositifs adaptateurs de commande, des dispositifs commandés terminaux, et un équipement d’alarme de type 1 ou de type IGH.
Une règle propre à cette catégorie mérite d’être connue : dans un SSI de catégorie A, aucune détection automatique indépendante du SDI ne peut être mise en œuvre, à l’exception de celle des installations d’extinction automatique. Autrement dit, tout remonte au système central. Pas de détecteur isolé qui commanderait quelque chose dans son coin.
La catégorie B
La différence avec la catégorie A tient en une phrase : il n’y a pas de système de détection incendie.
L’information d’incendie provient exclusivement des déclencheurs manuels actionnés par une personne. Le CMSI, de type B, pilote ensuite la mise en sécurité. L’équipement d’alarme associé est de type 2a.
Conséquence opérationnelle directe : sur un site en catégorie B, aucun départ de feu ne sera signalé si personne ne le voit. La ronde et la vigilance humaine ne sont pas un complément du système, elles en sont le déclencheur.
Les catégories C, D et E
Ces trois catégories n’ont pas de CMSI. La mise en sécurité repose sur des organes de commande de nature différente.
En catégorie C, on trouve des dispositifs de commandes avec signalisation, utilisés lorsque le système comporte des dispositifs actionnés de sécurité dont la position d’attente ou de sécurité doit être surveillée, typiquement en désenfumage mécanique.
En catégorie D, on trouve au minimum des dispositifs de commandes manuelles regroupées, qui rassemblent en un point les commandes de plusieurs dispositifs.
En catégorie E, la configuration la plus simple, on trouve éventuellement un dispositif de commande manuelle, typiquement pour un désenfumage naturel.
Pour ces catégories, la norme admet l’usage de détecteurs autonomes déclencheurs, les DAD, capables de commander automatiquement un à trois dispositifs actionnés de sécurité assurant la même fonction au niveau local. C’est une automatisation ponctuelle, pas un système de détection.
Attention au tableau de correspondance trop simple
Une présentation circule partout, associant mécaniquement chaque catégorie à un type d’alarme : A avec 1, B avec 2a, C avec 2b, D avec 3, E avec 4. Elle est commode et pédagogique, mais elle est inexacte si on la prend au pied de la lettre.
La contrainte est en réalité asymétrique. Un équipement d’alarme de type 1 impose un SSI de catégorie A. Un équipement de type 2a impose un SSI de catégorie B. En revanche, pour les catégories C, D et E, la norme décrit plusieurs configurations possibles, et un SSI de catégorie E peut se voir associer un équipement d’alarme plus élaboré que le type 4.
Autre point de détail souvent oublié : seuls les équipements d’alarme des types 1, 2a et 2b comportent une temporisation. Sur une installation de type 3 ou 4, le déclenchement est immédiat, ce qui change complètement la façon de gérer une alarme.
Reconnaître l’installation de votre site en cinq questions
Une méthode utilisable dès la prise de poste.
- Y a-t-il des détecteurs automatiques au plafond, reliés à un tableau ? Si oui, vous êtes très probablement en catégorie A.
- Le tableau affiche-t-il des zones de détection et permet-il de piloter des mises en sécurité ? Vous avez un CMSI, donc catégorie A ou B.
- Le système ne réagit-il qu’aux déclencheurs manuels ? C’est la signature de la catégorie B ou d’une catégorie inférieure.
- Les commandes de désenfumage sont-elles regroupées sur un boîtier, sans signalisation de retour ? Vous êtes plutôt en catégorie D.
- N’y a-t-il qu’une commande locale isolée, sans centralisation ? Catégorie E.
La réponse figure de toute façon dans le dossier d’identité du SSI et au registre de sécurité. Un agent doit savoir où les trouver.
Le zonage, indissociable de la catégorie
Un SSI repose sur un découpage du bâtiment en zones, qui permet de localiser l’événement, de cibler la mise en sécurité et d’organiser la diffusion de l’alarme.
On distingue les zones de détection, les zones de mise en sécurité, elles-mêmes déclinées en zones de compartimentage et zones de désenfumage, et les zones de diffusion de l’alarme. Ces découpages ne se superposent pas nécessairement, et c’est précisément ce qui rend la lecture d’un tableau difficile pour un agent non formé.
Qui décide de la catégorie
Personne sur le site. Le choix de la catégorie ne relève pas de l’appréciation du concepteur ni de l’exploitant : il découle directement de la réglementation applicable au bâtiment, arrêtés ERP, IGH, habitation, Code du travail ou installations classées.
En pratique, les dispositions particulières à chaque type d’établissement imposent la catégorie. La règle générale à retenir est que la présence de locaux à sommeil conduit aux configurations les plus sévères, la catégorie A étant la référence pour les établissements accueillant du public la nuit.
La cohérence d’ensemble relève du coordinateur SSI, qui établit le cahier des charges fonctionnel et veille à l’articulation entre la catégorie exigée, le type d’alarme, le zonage et les scénarios de mise en sécurité.
Se former
La lecture d’une installation est travaillée en SSIAP 2, où le chef d’équipe apprend à exploiter le poste de sécurité, interpréter les signalisations et encadrer les essais. Elle est abordée dès le SSIAP 1 sous l’angle de la reconnaissance des équipements, et approfondie en SSIAP 3 côté suivi réglementaire et vérifications.
Pour la conception et la coordination des systèmes, la formation coordinateur SSI traite le sujet du cahier des charges fonctionnel jusqu’à la réception. Notre lexique des sigles rassemble par ailleurs l’ensemble des abréviations utilisées ici.
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Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un SSI de catégorie A et de catégorie B ?
La catégorie A comprend un système de détection incendie avec détecteurs automatiques et déclencheurs manuels, un CMSI de type A et un équipement d’alarme de type 1. La catégorie B ne comporte pas de système de détection : l’information provient des seuls déclencheurs manuels, avec un CMSI de type B et une alarme de type 2a.
Quelle catégorie de SSI pour un établissement avec locaux à sommeil ?
Les configurations les plus sévères s’imposent, la catégorie A étant la référence pour les établissements accueillant du public la nuit. La catégorie est fixée par les dispositions particulières applicables au type d’établissement.
Un SSI de catégorie E peut-il avoir une alarme de type 2a ?
Oui. La norme NF S 61-931 décrit plusieurs configurations possibles. Le tableau de correspondance stricte entre catégories et types d’alarme est une simplification pédagogique, exacte seulement pour les types 1 et 2a, qui imposent respectivement les catégories A et B.
Que signifie CMSI ?
Centralisateur de mise en sécurité incendie. C’est l’organe qui reçoit l’information d’incendie et commande les dispositifs de mise en sécurité : compartimentage, désenfumage, arrêt de ventilation, déverrouillage des issues, diffusion de l’alarme.
Toutes les alarmes incendie sont-elles temporisées ?
Non. Seuls les équipements d’alarme des types 1, 2a et 2b comportent une temporisation. Sur une installation de type 3 ou 4, la diffusion est immédiate.
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