HomeblogSécurité incendie (SSIAP)Désenfumage naturel ou mécanique : quelles différences

Désenfumage naturel ou mécanique : quelles différences

Le désenfumage est l’un des sujets les plus techniques du programme SSIAP, et l’un des plus mal compris sur le terrain. Beaucoup d’agents savent où sont les commandes sans savoir ce qu’elles déclenchent réellement, ni pourquoi une installation est naturelle ici et mécanique là.

Voici la logique complète, du principe physique au geste professionnel.

À quoi sert réellement le désenfumage

Un point d’abord : le désenfumage n’a pas pour objet d’évacuer toutes les fumées. Il en extrait une partie, avec trois objectifs précis.

  • Rendre praticables les cheminements utilisés pour l’évacuation du public.
  • Limiter la propagation de l’incendie en évacuant chaleur et gaz de combustion.
  • Permettre l’intervention des secours dans des conditions acceptables.

Cette hiérarchie compte. Les fumées tuent avant les flammes, par asphyxie et par perte de visibilité. Un couloir enfumé devient impraticable en quelques dizaines de secondes, même sans feu à proximité immédiate.

Où le désenfumage est exigé

Les règles figurent aux articles DF du règlement de sécurité et dans l’instruction technique n° 246, annexée à l’arrêté du 22 mars 2004. Les dispositions particulières à chaque type d’établissement viennent ensuite les compléter ou les aggraver.

Les cas généraux sont les suivants.

  • Les locaux de plus de 300 mètres carrés situés en rez-de-chaussée ou en étage.
  • Les locaux enterrés ou aveugles de plus de 100 mètres carrés.
  • Les circulations horizontales encloisonnées de plus de 30 mètres, ou plus courtes lorsqu’elles ne donnent pas directement sur l’extérieur ou sur un escalier protégé.
  • Toutes les circulations desservant des locaux à sommeil.
  • Les circulations situées en sous-sol, quelle que soit leur longueur.
  • Les escaliers encloisonnés, selon les cas prévus par le règlement.

La présence de locaux à sommeil est encore une fois le facteur aggravant principal, pour la même raison qu’ailleurs : un public endormi met beaucoup plus de temps à réagir.

Le désenfumage naturel

Il repose sur un principe physique simple : les fumées chaudes montent. Si on leur ouvre une sortie en partie haute et qu’on introduit de l’air frais en partie basse, un tirage s’établit et les fumées s’évacuent d’elles-mêmes.

Concrètement, l’installation comprend des évacuations en partie haute, exutoires en toiture ou ouvrants en façade, et des amenées d’air en partie basse, portes, ouvrants ou conduits. Les deux sont indissociables : sans air entrant, rien ne sort.

Deux notions doivent être distinguées, parce qu’elles reviennent en examen comme en commission de sécurité.

La surface géométrique est la surface physique de l’ouverture. La surface utile est la surface réellement efficace, obtenue en appliquant un coefficient aéraulique fourni par le fabricant, qui tient compte des pertes de charge. Pour de nombreux produits courants, la surface utile représente environ la moitié de la surface géométrique.

Côté dimensionnement, la règle de base pour un local de moins de 1 000 mètres carrés retient une surface utile d’évacuation égale au deux-centième de la superficie. Au-delà, le calcul se fait par canton de désenfumage, avec un taux dépendant de la configuration.

Le cantonnement est justement l’autre notion clé. Les grands volumes sont découpés en cantons ne dépassant pas 1 600 mètres carrés, avec une longueur maximale de 60 mètres, délimités par des écrans de cantonnement. L’objectif est d’empêcher les fumées de s’étaler sur toute la surface et de les concentrer là où elles seront extraites.

Le désenfumage mécanique

Quand le tirage naturel est impossible ou insuffisant, on force l’extraction. C’est le cas des locaux en sous-sol, des bâtiments profonds sans façade libre, des volumes aveugles.

L’installation comprend des bouches d’extraction reliées à des ventilateurs, et des amenées d’air qui peuvent être naturelles ou mécaniques. Le principe reste le même : on extrait en haut, on compense en bas.

Quelques ordres de grandeur issus de l’instruction technique, utiles à connaître pour un chef d’équipe. Le débit d’extraction à la bouche est au moins de 1 mètre cube par seconde pour 100 mètres carrés, avec un minimum de 1,5 mètre cube par seconde par local. Un ventilateur peut desservir au maximum les bouches de deux cantons. Les écrans de cantonnement ont une hauteur minimale de 0,50 mètre. Lorsque les amenées d’air sont mécaniques, leur débit est de l’ordre de 0,6 fois le débit extrait, et la vitesse de soufflage reste inférieure à 5 mètres par seconde.

Point technique déterminant : les ventilateurs de désenfumage doivent continuer à fonctionner alors qu’ils aspirent des fumées à haute température. C’est ce que traduit leur classement, couramment désigné F400 sur les équipements. Un ventilateur de ventilation ordinaire ne remplit pas cette fonction.

Naturel ou mécanique : le comparatif

CritèreNaturelMécanique
PrincipeTirage thermique, les fumées chaudes montentExtraction forcée par ventilateurs
ÉquipementsExutoires, ouvrants, conduits, amenées d’air bassesBouches, réseau de conduits, ventilateurs, volets
Contexte typiqueLocaux en rez-de-chaussée ou étage avec façade ou toiture accessibleSous-sols, locaux aveugles, bâtiments profonds
Alimentation électriqueNon nécessaire pour l’extractionIndispensable, avec alimentation de sécurité
SensibilitéDépend du vent et de la température des fuméesPerformance constante, mais dépend du matériel
MaintenancePlus légèrePlus lourde et plus coûteuse

Le rôle du SSIAP

C’est ici que la théorie devient un geste professionnel. Le SSIAP n’est ni concepteur ni installateur : il exploite, vérifie et déclenche.

Connaître l’installation de son site

Quelles zones sont désenfumées, par quel procédé, où se trouvent les commandes manuelles, comment elles sont repérées, quelles zones elles couvrent exactement. Cette connaissance se construit lors de la prise de poste, pas au moment de l’alarme.

Déclencher au bon endroit

Le désenfumage se commande selon les consignes d’exploitation du site, qui définissent la stratégie zone par zone. Ouvrir un dispositif sur une zone non concernée peut créer un appel de fumée vers des cheminements encore praticables, et donc aggraver la situation au lieu de l’améliorer.

Le déclenchement peut être automatique, piloté par le système de sécurité incendie, ou manuel via les dispositifs de commande prévus à cet effet. La commande manuelle reste prioritaire.

Vérifier au quotidien

C’est la part la plus concrète du travail, et celle qui protège réellement. Les amenées d’air ne doivent pas être obstruées. Rien ne doit être stocké sous les exutoires ni devant les bouches. Les écrans de cantonnement doivent être intacts. Les volets doivent être en position d’attente. Les commandes doivent rester accessibles et non condamnées.

Une palette posée devant une amenée d’air annule le fonctionnement de toute une installation, quel que soit son coût.

Tracer

Essais périodiques, remise en position de veille après manœuvre, anomalies constatées, interventions de maintenance : tout cela se consigne. Un dispositif essayé mais laissé en dérangement est une non-conformité immédiate lors du passage de la commission de sécurité.

Les erreurs les plus fréquentes

Confondre ventilation et désenfumage. Ce sont deux fonctions distinctes, avec des matériels différents, même lorsqu’un réseau est partagé.

Oublier les amenées d’air. C’est l’erreur numéro un, en naturel comme en mécanique.

Ne pas réarmer après un essai. L’installation reste alors inopérante pour l’événement suivant.

Enfin, considérer le désenfumage comme un sujet de bureau d’études. Le dimensionnement l’est. L’exploitation, non : elle appartient au service de sécurité.

Se former

Le désenfumage est abordé dès le SSIAP 1 sous l’angle de la reconnaissance des installations et des vérifications courantes. Il est approfondi en SSIAP 2, où le chef d’équipe apprend à exploiter les installations, encadrer les essais et manager les interventions. Le SSIAP 3 aborde le sujet du côté réglementaire, du suivi des vérifications et du dialogue avec la commission de sécurité.

Les sigles vous manquent ? Notre lexique de la sécurité incendie les rassemble.

FCS Formation, centre certifié Qualiopi, à Montreuil (93), à 15 minutes de Paris. Sessions régulières sur les trois niveaux SSIAP. Consultez les prochaines sessions ou appelez le 01 48 58 54 38. Réponse sous 24 heures.

Questions fréquentes

Quelle différence entre désenfumage naturel et mécanique ?

Le désenfumage naturel utilise le tirage thermique, les fumées chaudes s’évacuant par des exutoires ou ouvrants en partie haute. Le désenfumage mécanique force l’extraction au moyen de ventilateurs, lorsque le tirage naturel est impossible ou insuffisant.

À partir de quelle surface un local doit-il être désenfumé ?

En règle générale, au-delà de 300 mètres carrés en rez-de-chaussée ou en étage, et au-delà de 100 mètres carrés pour les locaux enterrés ou aveugles. Les dispositions particulières au type d’établissement peuvent renforcer ces seuils.

Qu’est-ce qu’un canton de désenfumage ?

Un volume délimité par des écrans de cantonnement destiné à contenir les fumées près des dispositifs d’extraction. Sa surface ne dépasse pas 1 600 mètres carrés et sa longueur 60 mètres.

Pourquoi les amenées d’air sont-elles indispensables ?

Sans air entrant en partie basse, aucun flux ne s’établit et les fumées ne s’évacuent pas. C’est vrai en désenfumage naturel comme en désenfumage mécanique.

Un agent SSIAP peut-il déclencher le désenfumage ?

Oui, selon les consignes d’exploitation du site, qui précisent la stratégie à appliquer et les zones concernées. La commande manuelle est prioritaire sur le déclenchement automatique.

SESSIONS DISPONIBLES · MONTREUIL (93)

Formez-vous à protéger, sécuriser, secourir

Dites-nous ce que vous cherchez : notre équipe vous répond sous 24h avec les tarifs, les prochaines dates et les options de financement.

Réponse sous 24h Sans engagement CPF / France Travail / OPCO

TFP APS, MAC APS, SSIAP 1/2/3, SST et MAC SST : voir toutes nos formations