Un collègue se lève, cherche ses mots, puis se rassied en disant que ça va passer. Trente minutes plus tard, il n’a toujours pas retrouvé sa parole. Entre ces deux moments, la fenêtre thérapeutique s’est refermée d’un tiers.
L’accident vasculaire cérébral est l’une des rares urgences où le témoin joue un rôle décisif sans avoir le moindre geste technique à faire. Ce qu’il doit savoir faire, c’est reconnaître et appeler. Le reste appartient aux secours.
Ce qu’est un AVC
Une artère du cerveau cesse d’assurer sa fonction, et la zone qu’elle irrigue commence à se dégrader. Deux mécanismes existent.
L’AVC ischémique, de loin le plus fréquent, résulte de l’obstruction d’une artère par un caillot. L’AVC hémorragique résulte de la rupture d’une artère.
Cette distinction ne se fait pas sur le terrain. Elle nécessite une imagerie cérébrale. Retenez-la surtout pour une raison pratique : c’est elle qui interdit de donner quoi que ce soit à la victime, et en particulier de l’aspirine, qui aggraverait une hémorragie.
Les données publiques situent le nombre de nouveaux cas autour de 150 000 par an en France. L’AVC reste la première cause de handicap acquis chez l’adulte.
Les trois signes à connaître : la méthode VITE
Le moyen mnémotechnique utilisé en France reprend l’anglais FAST, recommandé notamment par la Haute Autorité de santé.
- V comme Visage. Le visage paraît inhabituel, la bouche est tordue, la lèvre tombe d’un côté. Demandez à la personne de sourire : un côté ne suit pas.
- I comme Inertie d’un membre. Un bras ou une jambe est faible ou insensible. Demandez de lever les deux bras : l’un d’eux retombe.
- T comme Trouble de la parole. La personne articule mal, cherche ses mots, ou ne comprend pas ce qu’on lui dit. Demandez-lui de répéter une phrase simple.
- E comme En urgence. Un seul de ces signes suffit. Appelez le 15 immédiatement.
Le mot clé de tout le dispositif est la brutalité. Ces signes apparaissent d’un coup, sans prévenir, chez une personne qui allait bien quelques instants plus tôt.
Les autres signes, moins connus et tout aussi sérieux
Se limiter aux trois signes classiques fait passer à côté d’une partie des AVC. D’autres manifestations doivent alerter dès lors qu’elles surviennent brutalement.
- Perte soudaine de la vision d’un œil, ou vision double.
- Mal de tête violent et inhabituel, parfois accompagné de vomissements.
- Perte d’équilibre, vertiges, troubles de la coordination.
- Engourdissement d’un côté du corps.
- Confusion mentale, ou impossibilité de lire ou d’écrire.
Chez les personnes âgées, l’AVC peut aussi se manifester par une simple somnolence ou un trouble de la vigilance, souvent attribué à autre chose. Le critère reste le même : c’est soudain, et ça ne ressemble pas à l’état habituel de la personne.
Le piège de l’accident ischémique transitoire
Il arrive que les signes disparaissent seuls en quelques minutes. On parle alors d’accident ischémique transitoire.
C’est le scénario le plus dangereux, parce que tout le monde se rassure. La personne reprend son poste, les collègues passent à autre chose, personne n’appelle.
Or un accident ischémique transitoire est un signal d’alerte majeur : il annonce fréquemment un AVC constitué à très court terme. Même si les symptômes ne durent pas, il faut appeler le 15 et faire prendre en charge la personne en urgence.
La règle est simple : ce n’est pas la durée des signes qui décide, c’est leur apparition.
La conduite à tenir
- Appeler le 15 immédiatement. Le 112 fonctionne également depuis un mobile, y compris bloqué ou sans crédit. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent joindre le 114 par SMS.
- Noter l’heure exacte d’apparition des premiers signes. C’est l’information la plus précieuse que vous transmettrez. Elle conditionne le traitement que les médecins pourront administrer. Si personne n’a rien vu, indiquez la dernière heure à laquelle la personne allait manifestement bien.
- Installer la personne allongée, ou en position latérale de sécurité si elle est inconsciente et respire.
- Ne rien donner à boire ni à manger. Un AVC s’accompagne souvent de troubles de la déglutition, avec un risque immédiat de fausse route.
- Ne donner aucun médicament, en particulier pas d’aspirine.
- Rester auprès de la personne et surveiller sa conscience et sa respiration jusqu’à l’arrivée des secours. L’état peut se dégrader rapidement.
- Rassembler les informations utiles : traitements en cours, antécédents connus, coordonnées à joindre.
Ce qu’il ne faut jamais faire
Attendre de voir si ça passe. C’est la cause principale de perte de chances. Une hésitation de quinze minutes se paie en séquelles définitives.
Conduire la personne soi-même à l’hôpital. Le 15 oriente vers une unité neurovasculaire capable de réaliser l’imagerie et le traitement adapté. Se présenter aux urgences de l’hôpital le plus proche peut faire perdre un transfert et donc du temps.
Laisser la personne rentrer chez elle. Y compris si elle insiste, y compris si les signes ont disparu.
Pourquoi l’heure compte à ce point
Pour un AVC ischémique, un traitement permet de dissoudre le caillot. Il doit être administré dans les quatre heures et demie qui suivent l’apparition des premiers signes, après examen clinique et imagerie cérébrale. Une intervention permettant de retirer mécaniquement le caillot peut être envisagée dans certains cas, sur une fenêtre plus large.
Ces délais expliquent l’insistance sur l’horodatage. Un patient arrivant avec une heure de début précise et un patient arrivant sans repère temporel ne bénéficient pas des mêmes options thérapeutiques, à état clinique identique.
En entreprise, l’organisation compte autant que la connaissance
Trois éléments font la différence sur un lieu de travail.
Des salariés formés, capables de reconnaître les signes sans hésiter et d’alerter correctement. Une organisation des secours écrite, connue de tous, indiquant qui appelle et qui accueille les secours. Et une culture où personne ne minimise un malaise pour ne pas déranger.
Ce dernier point est le plus difficile à obtenir, et c’est pourtant celui qui coûte le plus cher. Un collègue qui dit que ça va passer n’est pas en position de décider.
Ces réflexes s’apprennent
La reconnaissance des signes d’alerte et la conduite à tenir face à une victime qui présente un malaise font partie intégrante de la formation Sauveteur Secouriste du Travail, aux côtés des autres urgences rencontrées en entreprise. Le certificat se maintient par le MAC SST tous les vingt-quatre mois.
Pour sensibiliser un effectif complet sur un format court, la formation aux gestes qui sauvent constitue une première marche. Et pour former une équipe sur site, la session intra-entreprise se déroule dans vos locaux, avec vos propres procédures d’alerte.
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En cas de doute devant l’un de ces signes, appelez le 15. Un appel pour rien vaut toujours mieux qu’un appel trop tard.
Questions fréquentes
Quels sont les trois signes principaux d’un AVC ?
Une déformation du visage avec sourire asymétrique, une faiblesse ou une inertie d’un bras ou d’une jambe, et un trouble de la parole. Un seul de ces signes, survenu brutalement, justifie d’appeler le 15.
Que faire si les signes disparaissent tout seuls ?
Appeler quand même le 15. Il s’agit probablement d’un accident ischémique transitoire, qui annonce fréquemment un AVC constitué à court terme et impose une prise en charge urgente.
Faut-il donner de l’aspirine à une personne victime d’AVC ?
Non, jamais. Un AVC peut être hémorragique, et seule une imagerie permet de le savoir. Aucun médicament ne doit être administré.
Pourquoi noter l’heure des premiers signes ?
Parce que le traitement destiné à dissoudre le caillot doit être administré dans les quatre heures et demie suivant leur apparition. Sans repère horaire, les options thérapeutiques se réduisent.
Peut-on emmener la victime à l’hôpital en voiture ?
Non. Le 15 oriente vers une unité neurovasculaire disposant de l’imagerie et des traitements adaptés. Un transport personnel vers le mauvais établissement fait perdre un temps décisif.
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