HomeblogSecourisme (SST)Défibrillateur (DAE) : mode d’emploi et obligations 2026

Défibrillateur (DAE) : mode d’emploi et obligations 2026

En France, l’arrêt cardiaque tue chaque année plusieurs dizaines de milliers de personnes, avec un taux de survie qui reste très faible. La raison n’est pas médicale, elle est chronologique : on estime que chaque minute écoulée sans défibrillation fait perdre environ dix pour cent de chances de survie, et les secours mettent en moyenne plus de dix minutes à arriver.

Ces dix minutes appartiennent aux personnes présentes sur place. C’est tout l’enjeu du défibrillateur automatisé externe.

Ce qu’est un DAE, et ce qu’il n’est pas

Le défibrillateur automatisé externe analyse le rythme cardiaque de la victime et délivre un choc électrique lorsque celui-ci est nécessaire. Il ne relance pas un cœur arrêté : il corrige une activité électrique anarchique, la fibrillation, qui empêche le cœur de pomper.

Deux variantes existent. Le défibrillateur entièrement automatique délivre le choc de lui-même après avoir prévenu. Le défibrillateur semi-automatique demande à l’opérateur d’appuyer sur un bouton. Dans les deux cas, l’appareil ne choque jamais si l’analyse ne l’indique pas. Il est impossible de provoquer un choc inutile.

Point capital : le DAE ne remplace pas le massage cardiaque, il le complète. Le massage se commence immédiatement et se poursuit tant que l’appareil n’est pas prêt.

Qui a le droit de s’en servir

Tout le monde. Depuis 2007, toute personne, même non médecin, est habilitée à utiliser un défibrillateur automatisé externe. Aucune formation n’est légalement exigée pour s’en saisir.

Ce qui change avec la formation, ce n’est pas le droit, c’est le délai. Une personne formée reconnaît l’arrêt cardiaque en quelques secondes, alerte correctement, commence le massage sans hésiter et utilise l’appareil sans le lire. Une personne non formée perd du temps précisément là où il n’y en a pas.

Mode d’emploi en six étapes

1. Reconnaître l’arrêt cardiaque

La victime ne répond pas, ne réagit pas, et ne respire pas normalement. Des mouvements respiratoires anormaux, bruyants et espacés, appelés gasps, peuvent persister quelques instants : ce ne sont pas des respirations. En cas de doute, on agit.

2. Alerter et faire chercher le DAE

Appelez le 15, le 18 ou le 112, ou faites appeler. Simultanément, envoyez quelqu’un chercher le défibrillateur. Si vous êtes seul, alertez d’abord, puis commencez le massage.

3. Commencer le massage cardiaque sans attendre

Au centre de la poitrine, talon de la main, bras tendus, à un rythme soutenu, en laissant la poitrine remonter entre chaque compression. Le massage ne s’interrompt que pour poser les électrodes et pendant l’analyse.

4. Mettre le DAE en marche dès son arrivée

Ouvrir l’appareil suffit généralement à le mettre sous tension. À partir de là, l’appareil parle et il faut faire exactement ce qu’il dit, sans anticiper.

5. Poser les électrodes

Sur une poitrine nue et sèche, en suivant le schéma imprimé sur les électrodes : une sous la clavicule droite, une sur le côté gauche du thorax, sous l’aisselle. Le massage continue pendant qu’une autre personne les colle, si vous êtes deux.

6. Analyse, choc, reprise immédiate

Pendant l’analyse, personne ne touche la victime. Si un choc est conseillé, écartez-vous et annoncez-le à voix haute avant de déclencher. Puis reprenez le massage immédiatement, sans attendre de voir un résultat. Les électrodes restent en place et l’appareil reste allumé jusqu’à l’arrivée des secours.

Les cas particuliers à connaître

  • Enfant : utiliser les électrodes pédiatriques ou le mode enfant s’ils existent. À défaut, les électrodes adultes sont utilisées, en les espaçant suffisamment pour qu’elles ne se touchent pas.
  • Pacemaker : boîtier visible sous la peau. Décaler l’électrode de quelques centimètres pour ne pas la poser dessus.
  • Patch médicamenteux : le retirer et essuyer la zone avant de coller l’électrode.
  • Poitrine mouillée : sécher rapidement. Si la victime est dans l’eau ou sur une surface mouillée, la déplacer d’abord.
  • Pilosité importante : raser la zone si un rasoir est fourni dans le kit, sinon appuyer fermement les électrodes.
  • Surface métallique : éloigner la victime ou s’assurer qu’aucun contact conducteur ne relie les intervenants à elle.

Les erreurs les plus fréquentes

Attendre le DAE avant de commencer le massage. Chaque seconde sans compression compte davantage que l’appareil lui-même.

Retirer les électrodes après un choc parce que la victime semble réagir. L’appareil doit rester en place et continuer à surveiller.

Toucher la victime pendant l’analyse, ce qui fausse la lecture et fait perdre un cycle entier.

Enfin, la plus coûteuse : ne pas savoir où se trouve le défibrillateur de son propre site. Un DAE que personne ne localise en dix secondes est un DAE inutile.

L’obligation d’équipement : où en est le droit

La loi n° 2018-527 du 28 juin 2018 relative au défibrillateur cardiaque a posé l’obligation d’équipement pour les établissements recevant du public. Son décret d’application n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 a fixé un calendrier aujourd’hui échu : le 1er janvier 2020 pour les ERP de catégories 1 à 3, le 1er janvier 2021 pour la catégorie 4, le 1er janvier 2022 pour certains ERP de 5e catégorie.

Les établissements de 5e catégorie visés étaient les structures d’accueil pour personnes âgées et pour personnes handicapées, les établissements de soins, les gares, les hôtels-restaurants d’altitude, les refuges de montagne, ainsi que les établissements sportifs clos et couverts et les salles polyvalentes sportives.

Ce que change le décret du 5 décembre 2025

Le décret n° 2025-1167 du 5 décembre 2025, entré en vigueur le lendemain de sa publication, modifie cette liste. Il précise et élargit les établissements concernés, en y ajoutant notamment des types qui n’y figuraient pas explicitement, et il introduit deux conditions nouvelles pour les établissements visés : une durée d’implantation supérieure à trois mois, et un nombre minimal de personnes accueillies.

Ce seuil de fréquentation doit encore être fixé par les ministères chargés de la santé et de la construction. Tant que cet arrêté n’est pas publié, la lecture du dispositif reste partiellement en attente.

Conclusion pratique pour un exploitant : la liste applicable n’est plus celle de 2018. Si votre analyse de conformité date d’avant décembre 2025, elle est à refaire.

Et si mon entreprise n’est pas un ERP ?

C’est la question qui revient le plus souvent, et la réponse mérite d’être exacte.

Aucune obligation d’équipement en DAE ne pèse sur une entreprise qui n’accueille pas de public. Un immeuble de bureaux fermé, un atelier, un entrepôt ne sont pas visés par ce dispositif.

En revanche, l’article R4224-16 du Code du travail impose à tout employeur, en l’absence d’infirmerie permanente, de prendre après avis du médecin du travail les mesures nécessaires pour assurer les premiers secours, adaptées à la nature des risques, et de les consigner dans un document tenu à disposition de l’inspection du travail. S’y ajoute l’obligation générale de sécurité de l’article L4121-1.

Autrement dit : pas d’obligation d’acheter un DAE, mais une obligation d’organiser les secours. Et en cas d’arrêt cardiaque sur site, c’est cette organisation qui sera examinée. Un employeur ayant formé ses salariés et équipé son site se trouve dans une position très différente d’un employeur qui n’a rien fait.

Au-delà de l’appareil

Installer un DAE ne suffit pas. Quatre points conditionnent son efficacité réelle.

  • La signalisation : l’emplacement doit être visible, fléché, connu de tous, et accessible sans clé ni code.
  • La maintenance : le propriétaire en est responsable. Électrodes et batterie ont une date de péremption, et un appareil non maintenu peut refuser de fonctionner au pire moment.
  • La déclaration : les DAE doivent être déclarés dans la base de données nationale, qui alimente les applications utilisées par les secours et les citoyens sauveteurs.
  • La formation : c’est elle qui transforme un boîtier mural en chaîne de survie.

Former vos équipes

La formation Sauveteur Secouriste du Travail traite l’arrêt cardiaque et l’utilisation du défibrillateur en pratique, avec mannequin et appareil de formation, aux côtés des autres urgences rencontrées en entreprise. Le certificat se maintient ensuite par le MAC SST tous les vingt-quatre mois.

Pour une sensibilisation plus courte de l’ensemble du personnel, la formation aux gestes qui sauvent constitue une première marche utile.

La session intra-entreprise reste la formule la plus efficace pour équiper une organisation : elle se déroule sur votre site, avec votre propre défibrillateur, à l’endroit exact où vos salariés devront agir. C’est aussi l’occasion de vérifier que chacun sait où il se trouve.

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Questions fréquentes

Faut-il être formé pour utiliser un défibrillateur ?

Non. Depuis 2007, toute personne, même non médecin, est habilitée à utiliser un DAE. La formation ne conditionne pas le droit d’agir, elle réduit le temps de réaction.

Peut-on aggraver l’état d’une victime avec un DAE ?

L’appareil analyse le rythme cardiaque et ne délivre un choc que si celui-ci est indiqué. Il est impossible de provoquer un choc sur une personne qui n’en a pas besoin.

Mon entreprise doit-elle installer un défibrillateur ?

L’obligation d’équipement concerne les établissements recevant du public, selon une liste modifiée par le décret n° 2025-1167 du 5 décembre 2025. Une entreprise qui n’accueille pas de public n’y est pas soumise, mais reste tenue d’organiser les premiers secours en application de l’article R4224-16 du Code du travail.

Faut-il continuer le massage cardiaque après le choc ?

Oui, immédiatement, sans attendre de constater un résultat. Le massage ne reprend pas seulement après le choc, il n’aurait jamais dû s’arrêter plus longtemps que nécessaire.

Que risque un exploitant d’ERP non équipé ?

Aucune amende spécifique n’est prévue par les textes. En revanche, en cas d’arrêt cardiaque survenu dans l’établissement, la responsabilité civile et pénale de l’exploitant peut être recherchée pour manquement à une obligation réglementaire de sécurité.

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