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Qui peut visionner les images de vidéosurveillance ?

Vous êtes en poste au PC de sécurité d’un centre commercial. Une personne se présente et affirme avoir été filmée lors d’une altercation la veille. Elle réclame les images de vidéosurveillance. Que faites-vous ? À qui avez-vous le droit de les montrer ? Combien de temps sont-elles encore disponibles ? Ce sont des questions auxquelles tout agent en poste de vidéoprotection ou opérateur vidéo doit savoir répondre sans hésitation. La loi est précise. L’ignorer expose à des sanctions, pour vous comme pour votre employeur.

Voici les règles telles qu’elles s’appliquent concrètement dans les lieux ouverts au public, les commerces et les entreprises.

Qui est autorisé à visionner les images de vidéoprotection

La loi ne laisse pas de place à l’improvisation sur ce point. Seules des personnes précisément identifiées peuvent accéder aux enregistrements. Cette liste est fixée par les articles L. 252-2 et L. 252-3 du Code de la sécurité intérieure (CSI), qui régit la vidéoprotection dans les lieux ouverts au public et sur la voie publique.

Dans un commerce ou un établissement recevant du public (ERP)

Le visionnage est réservé aux agents et opérateurs désignés par le responsable du dispositif. En pratique, il s’agit du responsable de l’établissement, du chef de poste, et des agents de sécurité nommément désignés dans le cadre de l’autorisation préfectorale. Les agents de police ou de gendarmerie nationale désignés par leur chef de service ou d’unité peuvent également y accéder, de même que les agents des douanes et des services d’incendie et de secours dans les mêmes conditions.

Concrètement : un agent de sécurité peut visionner les images dans l’exercice de sa mission, à condition d’être désigné pour cela. Il ne peut pas accorder cet accès à un tiers de sa propre initiative, même si ce tiers est lui-même un collègue ou un responsable non habilité.

Sur la voie publique

Les règles sont encore plus strictes. Seules les personnes figurant dans l’autorisation délivrée par le préfet peuvent visionner les images. La liste type comprend les agents de police nationale et de gendarmerie individuellement désignés, les agents de police municipale individuellement désignés par le maire, ainsi que les agents des douanes et des services d’incendie et de secours. Le préfet précise dans son arrêté quelles personnes sont concernées pour chaque dispositif.

En entreprise (lieux non ouverts au public)

On bascule ici dans le cadre de la loi Informatique et Libertés (loi n° 78-17 du 6 janvier 1978) et du RGPD. L’accès est limité aux personnes dont les fonctions justifient qu’elles visionnent les images — responsable de la sécurité, DRH dans le cadre d’une procédure disciplinaire précisément ciblée. Le simple fait de travailler dans l’entreprise ne donne aucun droit d’accès. La CNIL est explicite sur ce point : l’accès doit être justifié par un incident précis, pas par une surveillance générale et permanente des salariés.

Le droit d’accès d’une personne filmée

Toute personne qui pense avoir été filmée peut demander à consulter les enregistrements la concernant. Ce droit est posé à l’article L. 253-5 du CSI pour la vidéoprotection dans les lieux ouverts au public : l’accès est de droit. La personne n’a pas à justifier sa demande.

En pratique, elle adresse sa demande au responsable du système, dont les coordonnées doivent figurer sur l’affichage obligatoire signalant la présence de caméras. Une pièce d’identité peut être exigée. Si la demande aboutit à la remise d’une copie, les images de tiers présents dans le champ doivent être floutées au préalable.

Le refus n’est possible que dans des cas limitativement énumérés par la loi : motif lié à la sûreté de l’État, à la défense nationale, à la sécurité publique, ou existence d’une procédure judiciaire en cours portant sur les faits enregistrés. Ce n’est pas à l’agent d’apprécier ces motifs — c’est au responsable du traitement, c’est-à-dire à l’employeur ou au responsable juridique de l’établissement.

Si la demande est refusée ou sans réponse, la personne peut saisir la commission départementale de vidéoprotection ou la CNIL, et, si nécessaire, le juge des référés pour obtenir une décision rapide.

Durée de conservation : un mois maximum, sans exception courante

C’est l’article L. 252-2 du CSI qui fixe la règle : hors enquête de flagrant délit, enquête préliminaire ou information judiciaire, les enregistrements doivent être détruits dans un délai fixé par l’autorisation préfectorale. Ce délai ne peut excéder un mois.

Beaucoup de sites citent « 30 jours » — le texte exact dit « un mois ». La nuance n’est pas anecdotique en cas de litige.

Dès lors qu’une procédure pénale est ouverte, les images concernées peuvent être conservées pour les besoins de l’enquête, sans limite de durée fixée par le CSI (la durée est alors dictée par le dossier judiciaire). Les images qui ne sont pas en lien avec l’incident doivent, elles, être détruites selon le délai habituel.

Pour un agent en poste, cela signifie une chose concrète : si quelqu’un réclame des images d’un événement datant de plus d’un mois, elles ont normalement été écrasées automatiquement. Il ne sert à rien de chercher — et il faut être en mesure de l’expliquer clairement.

Ce que cela change pour l’agent au poste de vidéosurveillance

L’agent n’est pas le responsable du traitement. Il n’a pas le pouvoir de décider seul d’accorder ou de refuser l’accès aux images. Son rôle est d’appliquer la procédure définie par son employeur et de remonter immédiatement toute demande externe au responsable compétent.

Trois réflexes à avoir systématiquement :

Face à une demande de visionnage d’un tiers — vérifier que cette personne figure bien dans la liste des personnes habilitées définie dans l’autorisation. Si ce n’est pas le cas, ne pas donner accès et transmettre la demande au responsable.

Face à une demande d’une personne filmée — ne pas répondre seul. Prendre note de la demande, recueillir une pièce d’identité, et transmettre au responsable du traitement qui prendra la décision dans le cadre légal.

Face à une réquisition des forces de l’ordre — c’est le cas le plus encadré. Les agents de police ou gendarmerie doivent être individuellement désignés et habilités. Une réquisition verbale informelle ne suffit pas dans tous les contextes. En cas de doute, là encore : remonter au responsable.

Ces protocoles font partie du programme de la formation OVT (opérateur en vidéoprotection et télésurveillance) dispensée par FCS Formation. Ils sont travaillés en situation, pas seulement sur le papier.

Sur la question de ce que la loi autorise à filmer — et ce qu’elle interdit — vous pouvez aussi consulter notre article sur le droit de filmer un agent de sécurité.

SituationQui peut visionnerTexte de référence
Lieu ouvert au public (commerce, ERP)Agents désignés par le responsable du dispositif, police/gendarmerie désignés, douanes, SDISArt. L. 252-2 et L. 252-3 CSI
Voie publiquePersonnes nommément désignées dans l’autorisation préfectoraleArt. L. 252-2 CSI
Entreprise (lieu privé)Personnes dont les fonctions le justifient, sur incident précisLoi 78-17, RGPD, recommandations CNIL
Personne filmée demandant ses imagesDroit d’accès de principe — refus uniquement sur motifs légaux limitatifsArt. L. 253-5 CSI

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