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Agent de sécurité et droit à l’image : peut-on vous filmer ?

La scène est fréquente : un client sort son téléphone dans un centre commercial et un agent de sécurité intervient pour lui demander de ranger son appareil. Mais cet agent est-il dans son droit ? Et à l’inverse, un agent de sécurité peut-il se prévaloir d’un droit à l’image pour s’opposer à une captation ? La réponse, souvent mal comprise des deux côtés, tient à une distinction simple : filmer n’est pas diffuser.

Ce que dit la loi sur le droit de filmer dans un lieu ouvert au public

En France, filmer dans un lieu ouvert au public est légalement autorisé. La liberté d’expression et d’information, garantie par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, protège la captation d’images dans les espaces accessibles à tous : rue, trottoir, hall de centre commercial, entrée de commerce, transport en commun. Aucune disposition légale n’interdit de filmer dans ces espaces.

Un agent de sécurité privée n’a aucun pouvoir légal pour exiger qu’une personne range son téléphone, ordonner la suppression d’une vidéo ou confisquer un appareil. Exiger de tels actes sans base légale constitue une consigne abusive que l’agent ne devrait pas transmettre au public. Pour comprendre précisément ce qui relève d’une consigne illégale en sécurité privée et comment l’agent doit se positionner, notre page dédiée vous donne le cadre complet.

La seule limite légale à la captation d’images concerne les espaces strictement privés. Filmer ou enregistrer l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé sans son consentement est punissable d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende en vertu de l’article 226-1 du Code pénal. Un vestiaire, un bureau ou un espace réservé au personnel sont des espaces privés, même à l’intérieur d’un bâtiment commercial ou d’un espace ouvert au public.

L’agent de sécurité dispose-t-il d’un droit à l’image ?

Oui, comme toute personne physique. Le droit à l’image découle du droit au respect de la vie privée, garanti par l’article 9 du Code civil. Cela signifie que filmer un agent de sécurité dans un lieu ouvert au public n’est pas interdit en soi, mais que diffuser cette image sans son consentement dans des conditions portant atteinte à sa vie privée ou à sa dignité peut constituer une violation de ses droits.

La distinction fondamentale est donc la suivante : la captation est libre dans un lieu public, la diffusion est encadrée. Publier la vidéo d’un agent sur les réseaux sociaux pour le ridiculiser ou lui porter préjudice peut engager la responsabilité civile voire pénale de l’auteur de la publication. À l’inverse, filmer un agent dans le cadre d’un incident pour documenter un comportement litigieux relève de la liberté d’information, à condition que la diffusion reste proportionnée au but poursuivi.

Notre page sur ce qu’un agent de sécurité peut lui-même filmer dans l’exercice de ses fonctions traite l’angle symétrique de ce sujet.

Ce qu’un agent peut légalement faire face à une caméra

Un agent de sécurité ne peut pas empêcher une personne de filmer dans un espace ouvert au public. Il peut en revanche continuer à exercer ses missions habituelles en présence d’une caméra : contrôle d’accès, gestion des flux, intervention sur une situation de trouble à l’ordre public. Notre page sur le contrôle des sacs par un agent de sécurité détaille par exemple ce que l’agent peut légalement demander lors de l’inspection visuelle, opération souvent source de confusion entre ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas.

Ce qu’il ne peut pas faire : ordonner la suppression d’images, saisir un appareil, menacer d’appeler la police au seul motif qu’une personne filme légalement. Ces actions dépassent ses attributions légales.

Les agents de sécurité peuvent-ils eux-mêmes utiliser des caméras ?

Oui, dans des conditions précises. Les systèmes de vidéoprotection installés dans les ERP (établissements recevant du public) doivent faire l’objet d’une autorisation préfectorale et respecter les règles définies aux articles L. 251-1 et suivants du Code de la sécurité intérieure. Seuls les agents de sécurité et la direction y sont habilités à visionner les images, dans les conditions fixées par l’article R. 253-3 du même code.

La formation OVT (opérateur en vidéoprotection et télésurveillance) permet aux agents souhaitant se spécialiser dans ce domaine d’acquérir les compétences réglementaires nécessaires à l’exploitation légale de ces systèmes.

Ce qu’il faut retenir en trois points

Filmer dans un lieu ouvert au public est légal en France, et un agent de sécurité ne peut pas l’interdire. Diffuser l’image d’un agent dans des conditions portant atteinte à sa vie privée ou à sa dignité peut être illégal au titre de l’article 9 du Code civil. Un agent filmé dans l’exercice de ses fonctions en espace public dispose d’un droit à l’image, mais pas d’un droit à empêcher la captation.