ACSES : quand la sécurité incendie rencontre la sûreté dans les établissements de santé
Créée en 1994, l’Association des Chargés de Sécurité en Établissement de Soins (ACSES) rassemble aujourd’hui plus de 350 adhérents et continue d’accueillir chaque année de nouveaux membres.
L’association se trouve confrontée à des évolutions majeures de son métier historique, la sécurité incendie, qui doit désormais coexister avec la sûreté des biens et des personnes.
Un contexte sécuritaire en pleine mutation
Longtemps préservés, les hôpitaux sont désormais devenus des cibles potentielles pour le terrorisme, mais aussi pour des actes d’incivilité et de violence envers le personnel. Ces établissements sont par nature ouverts à tous, accueillent une population fragile et difficilement mobile, et possèdent de nombreux points faibles physiques et organisationnels.
Face à cette réalité, les hôpitaux doivent renforcer leur sécurité. Depuis l’instruction ministérielle du 4 novembre 2016, tous les établissements ont l’obligation d’élaborer un plan de sécurisation (PSE). Mais concilier cette exigence avec les valeurs hospitalières – ouverture 24h/24, liberté de circulation – n’est pas simple. La sûreté implique un nouvel état d’esprit et une culture encore récente, qui n’est pas encore encadrée par une réglementation stricte.
Sécurité incendie vs sûreté : deux métiers complémentaires mais différents
La sécurité incendie repose sur une réglementation claire et uniforme, reproductible d’un établissement à l’autre. La sûreté, en revanche, est beaucoup moins encadrée : hormis l’article L4121-1 du Code du travail imposant à l’employeur de protéger ses salariés, elle dépend de facteurs propres à chaque établissement, de sa patientèle et de son environnement.
Le métier est également différent : le chargé de sécurité incendie cherche à déverrouiller les accès, tandis que le chargé de sûreté doit parfois les verrouiller. La coordination entre ces deux fonctions est donc essentielle pour garantir une approche cohérente et sécurisée.
Une même équipe pour deux missions ?
Souvent, dans les petits et moyens établissements, la sûreté repose sur les équipes de sécurité incendie. Dans les CHU, des équipes distinctes peuvent exister. L’AP-HP, par exemple, a dû constituer une équipe dédiée à la sûreté en raison de la taille et de la complexité de ses sites.
Quoi qu’il en soit, les chargés de sécurité incendie montent progressivement en compétences en matière de sûreté, notamment pour :
La cartographie des risques
La prévention des agressions et incivilités
La gestion des flux et des points sensibles
Cartographier les risques pour mieux agir
Chaque type d’incident – incivilité, agression verbale, agression physique – nécessite une réponse adaptée et graduée. La cartographie des risques implique de comprendre :
Les flux de circulation dans l’établissement
Les points de vulnérabilité (urgences, psychiatrie, gériatrie)
Les types de menace et leur évolution potentielle
Nous travaillons également sur la prévention situationnelle, qui consiste à intégrer la sûreté dès la conception et l’aménagement des espaces, pour réduire le sentiment d’insécurité et limiter les situations conflictuelles.
Le rôle des aides techniques
Les outils technologiques complètent l’action humaine :
Contrôle d’accès : base de toute stratégie de sécurisation
Vidéo-protection : initialement destinée à la surveillance médicale, elle est aujourd’hui utilisée pour la prévention des actes malveillants
Mais la technologie ne remplace pas les personnes formées à la sûreté. Or, il n’existe pas encore de formation officielle spécifique : il faut naviguer entre le Code pénal et le Code de la santé publique.
Une double compétence à valoriser
Historiquement, l’ACSES se concentrait sur la sécurité incendie. Depuis 2016, son congrès national intègre la dimension sûreté, et la prochaine édition se tiendra à Antibes en juin 2020.
Certains établissements ont déjà reconnu cette double compétence et adapté les statuts et la formation de leurs agents. Par exemple :
Les agents titulaires du SSIAP 3 assurent désormais des missions de sûreté, mais leur diplôme ne reflète pas cette dimension
L’ACSES propose de créer un degré intermédiaire entre le SSIAP 1 et le SSIAP 2, avec une reconnaissance officielle de la mission de sûreté
Cela permettrait de reconnaître la dangerosité et l’exposition psychologique de ces agents, tout comme les équipes des urgences bénéficient de la prime Buzyn.
La sécurité incendie continue d’évoluer
Même la sécurité incendie n’est plus figée :
Certains EHPAD obtiennent des dérogations pour installer des solutions innovantes (sprinklage résidentiel, fermes-portes électriques)
Ces dispositifs combinent sécurité incendie et prévention de risques divers, illustrant l’importance de la double casquette sécurité/sûreté
Conclusion
La mission des chargés de sécurité en établissement de soins dépasse aujourd’hui la simple protection incendie. Elle englobe la sûreté, la prévention des violences, la sécurité des patients et du personnel, et nécessite une reconnaissance adaptée, tant en termes de formation que de statut professionnel.
L’ACSES continue d’accompagner ses adhérents face à ces défis et de promouvoir la professionnalisation et la valorisation de cette double compétence.