Notre-Dame : la sécurité incendie n’aurait pas été au niveau

ENQUÊTE. D’après des informations publiées dans Le Canard enchaîné, le système de surveillance sécurité incendie placé à Notre-Dame n’aurait pas été efficace le jour du sinistre. Par ailleurs, la piste de l’incendie de chantier est visiblement mise de côté, les enquêteurs se penchant plutôt sur le rôle des cloches électrifiées, installées il y a plusieurs années sous la flèche.

Sécurité : quand les agents privés recourent à la haute technologie

 

Le système de surveillance de sécurité incendie de la cathédrale Notre-Dame semblait insuffisant, d’après des informations publiées par Le Canard enchaîné daté du 30 avril 2019. Le palmipède a interrogé des salariés de la société Elytis, qui était chargée de la sécurité du monument. « Le personnel affecté à cette tâche était insuffisant et parfois recruté chez des sous-traitants », est-il affirmé dans l’article. « Lorsque, à 18h16 le 15 avril, un voyant lumineux signale un début d’incendie, un seuil veilleur se trouve dans le local. En poste depuis seulement quelques jours, il connaît mal cet édifice. » Le salarié aurait indiqué un mauvais endroit pour cette première alerte incendie, pointant les combles de la sacristie au lieu des combles de la nef – il faut rappeler que la société Elytis a nié auprès du Canard que son salarié ait commis une erreur à ce moment-là. Autre élément avancé par l’hebdomadaire : en décembre 2015, la Direction des affaires culturelles (Drac) avait décidé de « supprimer l’un des deux agents jusqu’alors affectés au PC de sécurité installé dans la sacristie » (contacté par Batiactu, le ministère de la Culture n’a pas souhaité faire de commentaires sur ce point).
 
Autant de situations qui, si elles étaient avérées, poseraient la question de la qualité de la réglementation en la matière. « Les gérants de bâtiments pensent être protégés en installant des systèmes de sécurité incendie, mais sur le terrain nous voyons quotidiennement que les matériels disponibles ne sont pas correctement utilisés, et les personnes chargées d’assurer la sécurité ne sont pas toujours suffisamment formées », nous explique un spécialiste de la sécurité incendie. « Qu’un agent ne soit pas en mesure de se repérer dans le bâtiment à partir du PC de sécurité, c’est malheureusement assez commun. »

 

Ces agents dits « service de sécurité incendie et d’assistance à personnes » (Ssiap) ont, nous dit une autre source bien renseignée, une formation de quelques jours (suivant leur niveau, 1, 2 ou 3) seulement, et sont loin d’avoir un salaire mirobolant. Par ailleurs, du fait de la menace terroriste, ce type de professionnels est également sollicité pour des questions de sécurité pure et simple (gardiennage, contrôle des accès…). De quoi instaurer dans certains cas un flou sur le « qui fait quoi ».

 

Par ailleurs, si les informations du Canard sont avérées en termes d’effectifs présents consacrés à la sécurité incendie, soit un agent sur place pour la cathédrale (ou même deux), « n’importe quelle tour de La Défense ou centre commercial, où trois personnes sont mobilisées spécifiquement sur le risque incendie, était mieux protégé que la cathédrale », selon cet expert.

 

Des « câbles électriques » dans les combles

 

Pour ce qui est du déclenchement du sinistre en lui-même, la piste de l’incendie de chantier ne semble pas privilégiée par les enquêteurs, qui se penchent pour l’instant sur l’électrification des cloches situées dans la flèche et dans les combles de la croisée du transept. Selon Le Canard enchaîné« les poulets veulent savoir qui a autorisé la pose de ces câbles électriques dans la charpente en 2007 et en 2012 et connaître leur niveau de sécurité contre les courts-jus. » L’installation de ces cloches aurait eu lieu lors des travaux de remplacements des cloches du grand beffroi. Elles devaient être installées de manière temporaire, mais visiblement ont été laissées telles quelles.

 

Contacté par Batiactu, le porte-parole de l’équipe de la cathédrale Notre-Dame nous apporte toutefois une autre version. « Ces cloches – trois dans les voûtes, trois au deuxième étage de la flèche – ont été installées il y a fort longtemps », nous précise-t-il. « Une première demande en 2008 d’électrifier les trois petits cloches de la voûte a été effectuée par le clergé. Le dossier a été fait en respectant les règles de l’art, un bureau de contrôle validant l’opération avant et après les travaux. » Fin 2010, une nouvelle demande vient du clergé pour électrifier les trois cloches de la flèche. Une opération validée par Bernard Mouton, architecte en chef de la cathédrale à l’époque, et qui une nouvelle fois est effectuée en respectant les règles de l’art. « Nous n’avons toutefois pas trouvé de trace d’un accord temporaire concernant l’électrification de ces cloches », précise auprès de Batiactu le porte-parole de la cathédrale. Selon lui, rien n’indiquait donc qu’il faille retirer ces cloches où désactiver leur électrification à un moment donné.

 

Une autre piste a été évoquée : celle liée à un court-circuit dû au câble alimentant un ascenseur de chantier. Mais des solutions existent pour limiter au maximum le déclenchement d’incendie liés à des simples court-circuits. Après avoir déploré deux incendies sur des bâtiments à forte valeur patrimoniale, une grande entreprise s’est vue par exemple imposer par son assureur des contraintes supplémentaires sur un troisième chantier d’importance : « Sur le chantier d’un grand hôtel parisien, des mesures radicales ont été prise pour éviter un incendie : un pompier par étage, extincteur au pied, une détection incendie filaire et une zone de surveillance réduite », nous raconte notre expert. « Quand il y a un échafaudage élevé, on peut installer une colonne sèche le long des échafaudages. »

 

En parallèle de la progression de l’enquête, les équipes des entreprises de construction sont à pied d’œuvre pour sécuriser la cathédrale. « Je tire mon chapeau à ces ouvriers, qui sont motivés comme jamais et avancent à une cadence impressionnante », salue le porte-parole de l’équipe de la cathédrale. « L’entreprise qui intervenait avant l’incendie était également composée d’ouvriers de qualité, qui travaillaient dans des conditions exigeantes », rappelle-t-il par ailleurs.

 
Reste que « les représentants de l’État, eux aussi, ont du mal à répondre à cette question brûlante : pourquoi le monument le plus fréquenté d’Europe – 13 millions de visiteurs par an – ne disposait-il pas comme le château de Versailles ou les musées du Louvre et d’Orsay – de la présence permanente d’un peloton de sapeurs-pompiers ? », comme conclut l’article du Canard enchaîné.
 
Sources : Batiactu
Summary
Sécurité : quand les agents privés recourent à la haute technologie
Article Name
Sécurité : quand les agents privés recourent à la haute technologie
Author
Call Now ButtonAppelez-nous !