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Incendie en Australie : le fossé se creuse entre le gouvernement et la population

Vivement critiqué, le premier ministre australien Scott Morrison a dû écourter ses vacances à Hawaï tandis que des centaines d’incendies ravagent son pays. Malgré la grogne, le gouvernement entend garder le cap en faveur de l’industrie minière du charbon.

 

Dans la rue, des pancartes et des slogans pour crier de désespoir face aux incendies monstres qui ravagent l’est du pays. Sur les réseaux sociaux, des flammes pour soutenir les quelque 3 000 sapeurs-pompiers déployés, et des gouttes d’eaux accolées aux pseudos pour exprimer sa colère face à la mauvaise gestion du système hydraulique par le gouvernement.

Les Australiens sont à bout. Le pays brûle et leur premier ministre Scott Morrison s’est envolé en vacances pour Hawaï…

Un Premier ministre en fuite à Hawaï

La pilule n’est pas passée, et de nombreux Australiens ont manifesté pour rappeler le chef de l’exécutif à l’ordre. Rentré en hâte, vendredi 20 décembre, Scott Morrison a présenté ses excuses. « Si je pouvais revenir dans le temps, en sachant ce que je sais aujourd’hui, nous aurions pris une autre décision (…). Je suis sûr que les Australiens sont justes et comprennent que quand on fait une promesse à ses enfants, on tâche de la tenir », s’est-il justifié. Mais « en tant que Premier ministre, on a d’autres responsabilités ».

En opération reconquête, le premier ministre conservateur s’est rendu sur le front, dimanche 22 décembre, pour présenter son soutien aux sapeurs-pompiers des zones rurales de Nouvelle-Galles du Sud, l’État – dont la capitale est Sydney– le plus touché par les incendies. Mais l’image d’un premier ministre en fuite devant la catastrophe a profondément heurté.

Les premiers foyers ont éclos en septembre, et aujourd’hui la situation est incontrôlable. Les scientifiques imputent directement la catastrophe au dérèglement climatique, et la question environnementale s’est invitée à la table des Australiens par la force. Tout juste 51 % à se déclarer, en mars 2019, en faveur d’une action climatique de la part de leur gouvernement, ils étaient, fin novembre, 60 % de ralliés à la cause, selon le dernier sondage Guardian Essential poll.

Les incendies liés au réchauffement climatique

Scott Morrison a lui aussi fini par se plier aux arguments des scientifiques, et par concéder qu’il y avait bien un lien entre ces incendies hors norme et le dérèglement climatique. Mais cela n’a pas suffi pour le forcer à revenir sur sa politique en faveur de l’industrie minière du charbon, au grand dam des activistes du climat. « Le lobby du charbon a une influence telle en Australie qu’il est en train de saper notre démocratie et la lutte contre le dérèglement climatique », dénonce le fondateur de la DoSomething Foundation, Jon Dee. « Ils font tout pour empêcher qu’une solution soit trouvée. »

L’Australie a été pointée du doigt lors de la COP 25 à Madrid, pour son refus de sacrifier ses crédits carbones. Le pari du gouvernement australien sur une aide financière de 2,55 milliards de dollars aux industries polluantes, pour qu’elles réduisent leurs émissions, semble bien insuffisant alors que l’île-continent doit réduire ses émissions de carbone de 695 millions de tonnes au cours de la prochaine décennie si elle veut atteindre l’objectif de 2030 de l’accord de Paris.

L’échiquier politique en faveur des climatosceptiques

Acculé par l’opinion publique, Scott Morrison, climato-sceptique à la tête d’un gouvernement conservateur, n’a que peu ou pas de marge de manœuvre. Sa majorité ne tient qu’à un siège, et la frange la plus à droite n’entend pas céder d’un pouce à la cause environnementale. Ce n’est d’ailleurs pas le premier ministre qui a représenté l’Australie au sommet sur le climat de New York, en septembre, mais sa ministre des affaires étrangères Marise Payne.

« Ces idiots sont délibérément en train de détruire notre pays avec leur ignorance », s’indigne encore Jon Dee. « Ils ne peuvent pas régler le problème ? Ils doivent partir ! Le premier ministre n’a aucune idée d’à quel point les Australiens sont en colère. »

Les nouveaux records de chaleurs attendus pour la dernière semaine de décembre menacent d’attiser les feux déjà incontrôlables qui s’approchent de Sydney, et avec eux la colère des Australiens qui voient l’air respirable se raréfier de jour en jour.

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Trois mois de crise climatique

Plus de 3 millions d’hectares, soit l’équivalent du territoire de la Belgique, sont partis en fumée depuis le mois de septembre.

Des records de chaleur ont été enregistrés, mercredi 18 décembre, en Australie avec une moyenne de 41,9 °C sur l’ensemble du pays. De nouveaux pics de chaleur sont attendus pour la fin de l’année.

L’état d’urgence a été décrété à Sydney. Le cœur économique du pays étouffe sous les nuages de fumée toxique.

3 000 pompiers sont actuellement déployés pour lutter contre les incendies.

Les feux ont provoqué la mort de dix personnes et ravagé plus de 800 habitations.

Source: La Croix

 

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